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Nicaragua : avec la centrale photovoltaïque Enesolar 1, la Chine s’impose comme partenaire énergétique stratégique

Le Nicaragua a officiellement inauguré en juin 2026 la centrale photovoltaïque Enesolar 1, un projet de 90 millions de dollars financé avec le soutien de la République populaire de Chine.
Implantée dans le département de Matagalpa, cette infrastructure de plus de 60 MW illustre l’approfondissement de la coopération sino-nicaraguayenne en matière d’énergies renouvelables, cinq ans après le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays.
Une centrale au cœur du dispositif national d’eau potable
Construite dans la municipalité de San Isidro, dans le département de Matagalpa, la centrale Enesolar 1 dispose d’une capacité installée de 61,425 mégawatts crête, répartis sur une surface d’environ 160 manzanas (l’unité agraire centraméricaine équivalant à environ 0,7 hectare).
L’installation comprend 100 100 panneaux solaires, 187 onduleurs de 300 kilowatts et 17 transformateurs de 3,3 mégavoltampères, ainsi qu’une sous-station élévatrice, un transformateur de 75 MVA et un parc de batteries de 12 mégawatts.
Particularité du projet : son intégration directe aux besoins du secteur de l’eau. Selon l’Entreprise nicaraguayenne des aqueducs et égouts sanitaires (Enacal), la centrale devrait produire environ 139 823 MWh par an, soit l’équivalent de 35 % de la consommation énergétique totale des systèmes de pompage de l’institution.
Le directeur exécutif d’Enacal, Ervin Barreda, a souligné que ce projet s’inscrit dans les priorités du Plan national de lutte contre la pauvreté et de développement humain, et a rappelé que la couverture en eau potable atteint aujourd’hui environ 95 % en zone urbaine.
Toutefois, l’enjeu dépasse la seule question hydraulique. Le responsable des énergies renouvelables d’Enacal, Perfecto Mejía, a précisé que les nouvelles capacités bénéficieront également au traitement des eaux usées, ces installations nécessitant elles aussi un apport énergétique constant pour fonctionner.
Un chantier mené par une entreprise publique chinoise
La construction a été confiée à China Communications Construction Company (CCCC), entreprise publique chinoise, avec le soutien financier de l’assureur-crédit export public Sinosure.
Les travaux ont débuté en juin 2024 et se sont achevés en avril 2026, soit une durée d’exécution d’environ 21 mois, selon le représentant de CCCC, Lin Chu. L’installation a ensuite été interconnectée au réseau national au mois de mai 2026, avant la cérémonie officielle d’inauguration.
Le projet repose sur une technologie de suivi solaire automatique permettant aux panneaux d’ajuster en continu leur orientation afin de maximiser la captation d’énergie. Les structures de support reposent par ailleurs sur des micropieux enfoncés à deux mètres de profondeur, conçus pour résister aux conditions climatiques locales.
Politiquement, ce chantier revêt une portée particulière : selon le conseiller présidentiel pour les investissements, le commerce et la coopération internationale, Laureano Ortega Murillo, Enesolar 1 constitue le premier projet construit au Nicaragua dans le cadre des mécanismes de crédit chinois, mis en place depuis le rétablissement des relations diplomatiques entre Managua et Pékin en décembre 2021.
Une pièce du puzzle énergétique nicaraguayen
Lors de la cérémonie d’inauguration, qui a réuni notamment le président de la Banque centrale du Nicaragua, Ovidio Reyes, le vice-ministre des Finances et du Crédit public, Nicolás Espinoza, et l’ambassadeur chinois Qu Yuhui, les autorités ont resitué le projet dans une trajectoire plus large.
Le solaire représenterait désormais près de 20 % de l’énergie distribuée à la population, avec l’ambition d’atteindre plus de 300 MW de capacités renouvelables d’ici 2028, entre projets solaires et éoliens.
Le projet ne s’arrête d’ailleurs pas à Enesolar 1 : deux centrales supplémentaires sont en construction simultanée, El Hato et Enesolar 3, qui ajouteront 200 MW de capacité installée au mix énergétique national. L’investissement total pour Enesolar 1 est généralement évalué à 90 millions de dollars, bien qu’une source institutionnelle nicaraguayenne évoque un montant légèrement supérieur, de 92 millions de dollars.
Le gouvernement nicaraguayen présente cette diversification énergétique comme un levier de réduction de la dépendance aux hydrocarbures importés et, à terme, de baisse des tarifs électriques.
Néanmoins, ce rapprochement énergétique avec Pékin s’observe aussi à l’aune d’un contexte régional où la Chine multiplie les investissements d’infrastructure en Amérique centrale, dans un Nicaragua qui demeure par ailleurs l’un des pays les plus pauvres de la région et dépendant de financements extérieurs pour ses grands projets publics.



