Martinique : une économie qui reprend son souffle, sans retrouver son élan

L’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM) vient de publier son rapport annuel économique consacré à la Martinique pour l’année 2025.

pour l’année 2025. Ce document de référence, dirigé localement par Patrick Croissandeau et placé sous la présidence d’Alexandre Gautier au niveau national, dresse un état des lieux complet du territoire : démographie, emploi, prix, commerce extérieur, secteurs d’activité et situation bancaire.

Il en ressort le portrait d’une économie qui se stabilise après une fin d’année 2024 marquée par de fortes tensions sociales, sans pour autant renouer avec une véritable dynamique de croissance.

Un climat des affaires qui se redresse, sans franc rebond

Selon l’IEDOM, l’indicateur du climat des affaires (ICA) est repassé au-dessus de sa moyenne de longue période dès le début de l’année 2025, avant de progresser de cinq points en moyenne sur l’ensemble de l’exercice. L’activité des entreprises s’est ainsi progressivement redressée.

Toutefois, cette amélioration ne dessine pas encore une trajectoire de croissance affirmée, dans un contexte où l’incertitude demeure forte pour les chefs d’entreprise. Selon l’enquête de conjoncture citée dans le rapport, la variation annuelle du chiffre d’affaires du secteur marchand se situerait autour de zéro en valeur médiane.

Une inflation en net repli

L’inflation martiniquaise s’est nettement apaisée en 2025, avec une moyenne annuelle de 1,1 %, contre 2,8 % en 2024. Ce niveau reste néanmoins légèrement supérieur à celui observé en France hexagonale (0,9 %).

Les services demeurent le principal moteur des prix, avec une hausse moyenne de 2,6 %, tandis que l’énergie recule de 4,8 % et contribue négativement à l’inflation. En glissement annuel à fin décembre, la hausse des prix atteint 1,0 %.

Un marché de l’emploi toujours sous tension

Le rapport pointe une fragilité persistante de l’emploi. Les effectifs salariés reculent de 0,4 % sur un an, portés par la baisse continue de l’emploi privé, en repli de 0,7 % sur l’année et de 1,7 % depuis son point haut de mi-2023. Ce recul représente une perte de 580 emplois dans le secteur privé.

Le taux de chômage au sens du BIT progresse à 13,4 % en 2025, contre 12,4 % en 2024 et 10,8 % en 2023. Le nombre d’inscrits à France Travail est également en hausse, de 1,7 % pour la catégorie A et de 1,6 % pour les catégories A, B et C entre les quatrièmes trimestres 2024 et 2025.

Une consommation des ménages qui résiste

Malgré ce contexte tendu, la consommation des ménages affiche un léger dynamisme, porté par des recettes de TVA en hausse de 3,0 % sur l’année et par une progression de 6,9 % des importations de biens de consommation non durables.

Cependant, l’IEDOM appelle à interpréter cette évolution avec prudence, car elle intervient après une fin d’année 2024 difficile, marquée par la mobilisation contre la vie chère.

D’autres indicateurs restent en effet mal orientés : les importations de biens de consommation durables reculent de 4,4 % et les immatriculations de véhicules particuliers de 1,0 % par rapport à 2024, alors même que les crédits à la consommation des ménages progressent de 4,2 %.

Une activité bancaire qui ralentit

L’encours de crédits dépasse les 13 milliards d’euros en Martinique en 2025, tandis que les dépôts bancaires se rapprochent des 11 milliards d’euros. La baisse des taux s’est poursuivie jusqu’à la mi-année, dans le sillage de l’assouplissement monétaire engagé par la Banque centrale européenne depuis juin 2024. L’encours de crédits aux ménages continue de progresser, mais à un rythme ralenti (+1,8 % après +3,9 %). Les crédits à l’habitat n’augmentent plus que de 0,7 %, contre 4,1 % en 2024 et 4,4 % en 2023.

Du côté des entreprises, l’encours se replie de 2,2 %, notamment sous l’effet d’une baisse de 2,0 % des crédits à l’investissement.

Des secteurs d’activité contrastés

Le rapport souligne une situation hétérogène selon les filières. Le secteur primaire et le bâtiment et travaux publics restent fragilisés, alors que le tourisme profite du dynamisme de l’activité croisière. Le nombre de défaillances d’entreprises poursuit par ailleurs sa tendance haussière, un point de vigilance identifié par l’IEDOM.

Les grands repères chiffrés de la Martinique

Le rapport propose également une photographie comparative du territoire entre 2015 et 2025, mise en regard avec la France hexagonale :

  • Population : 358 000 habitants en 2025, contre 381 000 en 2015, avec une projection à 244 000 habitants à l’horizon 2050.
  • Part des 60 ans et plus : 35 % en 2025, contre 24 % en 2015.
  • PIB : 10,4 milliards d’euros en 2024, pour un PIB par habitant de 29 400 euros, à comparer à 44 629 euros en Hexagone.
  • Taux de chômage : 13,4 % en 2025, contre 7,7 % en Hexagone.
  • Taux de pauvreté au seuil de 60 % : 26,7 %, contre 15,4 % en Hexagone.
  • Part d’électricité renouvelable dans la production : 27,3 % en 2025, contre 7,0 % en 2015.
  • Encours de dépôts bancaires : 10,6 milliards d’euros, et encours de crédits : 13,3 milliards d’euros.

Le contexte international, toile de fond des incertitudes

Le rapport rappelle que la croissance économique mondiale s’est établie à 3,4 % en 2025 selon le FMI, un rythme légèrement supérieur aux deux exercices précédents. Cette résilience est de nouveau mise à l’épreuve en 2026 par l’intensification des tensions géopolitiques, débouchant sur un conflit militaire ouvert au Moyen-Orient.

L’inflation mondiale a ralenti à 4,1 % en 2025, contre 5,7 % en 2024, mais le FMI anticipe un rebond à 4,4 % en 2026 en raison de la dégradation de la conjoncture internationale et de la hausse du prix du pétrole.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.