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Intelligence artificielle : la Caraïbe se dote d’une commission d’experts pour ne pas rester à la traîne

Réunis à Sainte-Lucie début juillet, les chefs de gouvernement de la Communauté caribéenne (CARICOM) ont acté la création d’une « Blue-Ribbon Commission » chargée de conseiller la région sur sa politique en matière d’intelligence artificielle.
Composée d’experts régionaux et internationaux, cette commission de haut niveau devra définir un agenda politique, des normes de gouvernance et des priorités de renforcement des capacités, alors que la Caraïbe cherche à peser dans un domaine technologique dominé par de grandes puissances.
Une décision actée au sommet de Sainte-Lucie
La décision a été prise lors de la 51e réunion ordinaire de la Conférence des chefs de gouvernement de la CARICOM, à Sainte-Lucie, du 5 au 8 juillet 2026, sous la présidence du Premier ministre saint-lucien Philip J. Pierre, placée sous le thème « People, Partnerships, Prosperity: Promoting a Secure and Sustainable Future ».
Les dirigeants ont appelé à l’élaboration urgente d’un cadre régional solide pour l’intelligence artificielle et ont convenu de mettre en place cette commission d’experts, chargée de conseiller la Communauté sur un agenda politique en matière d’IA, ses normes de gouvernance et ses priorités de renforcement des capacités.
Dans son discours d’ouverture, le Premier ministre Pierre a inscrit ce chantier parmi les priorités de sa présidence tournante de 6 mois, aux côtés du renforcement du marché unique caribéen, de la sécurité alimentaire, de la lutte contre la criminalité et de l’accès au financement climatique. « Notre peuple pose une question sérieuse et légitime : que peut faire de plus la CARICOM pour moi ? », a-t-il déclaré, plaidant pour une intégration régionale qui produise des bénéfices tangibles plutôt que de rester cantonnée aux déclarations officielles.
Un cadre de gouvernance déjà en construction
La création de la Blue-Ribbon Commission ne part pas de rien. Depuis 2021, la région dispose d’une feuille de route caribéenne sur l’intelligence artificielle, élaborée avec l’UNESCO et bâtie autour de quatre piliers : culture et créativité, gouvernance et transformation, montée en compétences et éducation, résilience et durabilité.
Ce document a été formellement endossé en 2024 par le Conseil pour le développement commercial et économique dans sa formation dédiée aux technologies de l’information et de la communication (COTED-ICT), un organe principal de la CARICOM.
Toutefois, ce socle réglementaire reste incomplet face à la rapidité des mutations technologiques. C’est pourquoi l’Union des télécommunications caribéennes (CTU) a lancé, le 18 juillet 2025, un Groupe de travail caribéen sur l’intelligence artificielle, présidé par le Dr Craig Ramlal, de l’Université des Antilles (UWI).
Ce groupe de travail doit présenter son rapport final lors du premier Forum caribéen sur l’IA, prévu les 23 et 24 juillet 2026, avec cinq priorités identifiées :
- la gouvernance régionale de l’IA
- la souveraineté des données et les infrastructures numériques
- l’innovation et le développement industriel
- la culture et les compétences numériques
- un engagement multipartite durable.
Le rapport met en garde : sans action collective, la Caraïbe risque de demeurer une simple « preneuse de normes » dans un marché mondial de l’IA appelé à peser plusieurs milliers de milliards de dollars dans la décennie à venir.
Des inquiétudes qui dépassent la seule économie
Au-delà des enjeux commerciaux, les autorités régionales insistent sur les risques démocratiques et sociétaux liés à l’IA. Début juillet 2026, le vice-secrétaire général de la CARICOM, le Dr Armstrong Alexis, a appelé à une coopération renforcée pour que l’intelligence artificielle consolide, plutôt qu’elle n’affaiblisse, les sociétés démocratiques de la région, lors du troisième Sommet des ministres et hautes autorités sur l’éthique de l’intelligence artificielle en Amérique latine et dans la Caraïbe.
Quelques semaines plus tôt, le Premier ministre grenadien Dickon Mitchell, chef de gouvernement responsable des sciences et de la technologie au sein du quasi-cabinet de la CARICOM, avait également plaidé pour une accélération de la transformation numérique régionale, invoquant des impératifs de compétitivité, de résilience et de souveraineté. La CARICOM a par ailleurs noué un partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qui a organisé fin 2025 un atelier exécutif destiné à renforcer les capacités du Secrétariat en matière d’IA.
Une commission pour transformer l’essai
La Blue-Ribbon Commission aura donc pour mission de fédérer ces différents chantiers, entre feuille de route de l’UNESCO, travaux du Groupe de travail de la CTU et initiatives ministérielles, en une politique régionale cohérente.
Néanmoins, sa réussite dépendra largement de la capacité des quinze États membres à traduire ces orientations en règles nationales harmonisées, dans une région où les écarts d’infrastructures numériques et de moyens financiers restent importants d’une île à l’autre.
Le prochain rendez-vous à surveiller sera le Forum caribéen sur l’IA de juillet 2026, où le rapport final du Groupe de travail de la CTU doit être présenté aux côtés des premières orientations de la nouvelle commission.



