Ouragans et sous-assurance : la CARICOM lance une Task Force pour réinventer la réassurance régionale

Face à la multiplication des catastrophes naturelles et à la part croissante de biens non assurés ou sous-assurés dans ses États membres, la Communauté caribéenne (CARICOM) a décidé de créer une Task Force sur la réassurance. Sa mission : bâtir une stratégie régionale coordonnée en matière d’assurance et de réassurance, susceptible de couvrir jusqu’aux infrastructures touristiques et hospitalières de la région.

Une décision née du constat d’une région de plus en plus exposée

La création de cette Task Force a été actée lors de la 51e réunion ordinaire de la Conférence des chefs de gouvernement de la CARICOM, à Sainte-Lucie, du 5 au 8 juillet 2026.

Dans leur communiqué final, les chefs de gouvernement ont pris acte de la croissance rapide du nombre de biens non assurés et sous-assurés dans les États membres, dans un contexte de multiplication des ouragans et autres catastrophes. Ils ont convenu d’explorer l’extension de la couverture d’assurance contre les risques catastrophiques aux infrastructures touristiques, à commencer par les hôtels, ainsi qu’aux infrastructures économiques et sociales critiques telles que les hôpitaux, voire à certains événements de type pandémique.

Une facture des catastrophes qui ne cesse de grimper

Cette initiative intervient alors que le mécanisme régional existant, la Caribbean Catastrophe Risk Insurance Facility (CCRIF SPC), voit ses indemnisations augmenter d’année en année.

Créé en 2007 comme premier fonds mutualisé multipays et multirisques au monde reposant sur une assurance paramétrique, le CCRIF couvre aujourd’hui 39membres, dont 19 gouvernements caribéens, plusieurs compagnies d’électricité et d’eau, ainsi qu’un site touristique.

Les chiffres récents illustrent l’ampleur du problème.

  • En octobre 2025, l’ouragan Melissa a déclenché pour la Jamaïque des versements totalisant environ 91,9 millions de dollars américains, entre la police cyclone tropicale et la police pluies excessives.
  • Un an plus tôt, en juillet 2024, l’ouragan Beryl avait entraîné plus de 42 millions de dollars de versements pour la seule Grenade, auxquels s’ajoutaient des indemnisations pour la Jamaïque, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et les compagnies d’électricité et d’eau grenadiennes.

Depuis sa création, le CCRIF a ainsi versé près de 483 millions de dollars à ses membres.

Cependant, ce mécanisme, conçu pour fournir des liquidités rapides aux gouvernements après un choc, ne couvre pas directement le parc hôtelier ni les infrastructures hospitalières, un vide que la nouvelle Task Force est précisément chargée d’examiner.

Le tourisme et la santé, secteurs vitaux mais vulnérables

L’enjeu dépasse la seule question budgétaire. Dans une région où les primes de réassurance grimpent sous l’effet conjugué du changement climatique et du durcissement des marchés financiers internationaux, de nombreux hôtels peinent déjà à trouver une couverture abordable, voire à s’assurer tout court. Or un hôtel endommagé ou détruit par un ouragan représente non seulement une perte pour son propriétaire, mais aussi des emplois suspendus et des recettes touristiques différées pour l’économie tout entière. Il en va de même pour les hôpitaux, dont la continuité de service est vitale au lendemain d’une catastrophe, précisément au moment où la population en a le plus besoin.

Toutefois, élargir la couverture assurantielle à ces secteurs suppose de mobiliser des capacités de réassurance supplémentaires sur des marchés internationaux déjà sous tension, et de convaincre des réassureurs mondiaux d’accepter des risques concentrés sur de petites économies insulaires. C’est précisément ce travail de conception financière et diplomatique que devra mener la nouvelle Task Force, en s’appuyant sur l’expertise accumulée par le CCRIF depuis près de vingt ans.

Prochaine étape : transformer l’intention en dispositif concret

Le communiqué du sommet de Sainte-Lucie ne fixe pas encore de calendrier précis pour les travaux de la Task Force. Néanmoins, son mandat, élaborer une stratégie régionale coordonnée en matière d’assurance et de réassurance, s’inscrit dans la continuité des efforts engagés depuis les ravages de l’ouragan Beryl en 2024 pour renforcer la résilience financière de la région face aux catastrophes naturelles.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.