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Le Salvador : Nayib Bukele en route vers un 3e mandat, grâce à une Constitution taillée à sa mesure

Le président salvadorien Nayib Bukele a été désigné candidat de son parti Nuevas Ideas pour l’élection présidentielle de février 2027. Cette candidature, rendue possible par une réforme constitutionnelle adoptée en 2025 qui autorise la réélection présidentielle indéfinie, ouvre la voie à un troisième mandat consécutif pour l’un des dirigeants les plus populaires, et les plus controversés, d’Amérique centrale.
Une investiture actée lors d’un scrutin interne
Le 12 juillet, Nuevas Ideas a organisé des élections internes dans ses différents sièges départementaux pour désigner son binôme présidentiel. Les résultats, publiés le lendemain sur la plateforme officielle du parti, ont confirmé Nayib Bukele en tête, aux côtés du vice-président sortant Félix Ulloa, en poste depuis juin 2019.
En cas de victoire en février 2027, Nayib Bukele entamerait un mandat courant jusqu’en 2033, le premier sexennat présidentiel de l’histoire salvadorienne depuis la réforme constitutionnelle de 2025. Sa candidature devra encore être officiellement enregistrée auprès du Tribunal supremo electoral (TSE), entre le 1er octobre et le 19 novembre 2026, conformément au calendrier électoral.
Une Constitution réécrite pour permettre la réélection indéfinie
Cette nouvelle candidature s’appuie sur un édifice juridique construit pièce par pièce depuis 2021. Cette année-là, la Chambre constitutionnelle, dont la composition avait été remaniée par l’Assemblée législative contrôlée par Nuevas Ideas, avait interprété la Constitution comme autorisant un président en exercice à se représenter une seule fois de manière consécutive. Cette lecture avait permis à Nayib Bukele de briguer, et de remporter, un second mandat en février 2024 avec près de 85 % des suffrages valides.
Le 31 juillet 2025, l’Assemblée législative, où Nuevas Ideas détient une supermajorité de 57 sièges sur 60, a franchi une étape supplémentaire en adoptant une série de réformes constitutionnelles.
- L’article 152 a été modifié pour supprimer l’interdiction de candidature visant quiconque a exercé la présidence durant la période immédiatement antérieure, ouvrant ainsi la voie à une réélection sans limite de mandats.
- L’article 154 a porté la durée du mandat présidentiel de cinq à six ans.
- L’article 80, quant à lui, a supprimé le second tour de l’élection présidentielle : sera désormais élu le binôme ayant obtenu le plus grand nombre de voix valides, sans obligation d’atteindre la majorité absolue.
Une disposition transitoire a par ailleurs raccourci le mandat en cours, entamé en juin 2024, pour le faire coïncider avec les élections législatives et municipales dès 2027. Le mandat actuel de Nayib Bukele prendra donc fin de manière anticipée le 1er juin 2027, plutôt qu’en 2029 comme initialement prévu.
Une popularité adossée au bilan sécuritaire
La solidité politique de Nayib Bukele repose largement sur son bilan en matière de sécurité. En 2015, El Salvador comptait parmi les pays les plus violents au monde, avec 6 656 homicides recensés et un taux de 106 pour 100 000 habitants. Le pays a terminé l’année 2025 avec un nombre record de 82 homicides, selon les statistiques gouvernementales.
Ce résultat s’explique en grande partie par le régime d’exception instauré depuis quatre ans, qui a conduit à l’incarcération de plus de 90 000 personnes. Des organisations de défense des droits humains font toutefois état de plus de 500 décès en détention depuis le début de ce régime d’exception, la plupart attribués à des causes médicales, certains à des violences.
Interrogé sur les critiques visant la réforme constitutionnelle, Nayib Bukele a rétorqué que « 90 % des pays développés autorisent la réélection indéfinie de leur chef de gouvernement sans que personne ne s’en émeuve », ajoutant que lorsqu’un petit pays pauvre comme El Salvador fait de même, cela devient soudainement, selon ses détracteurs, la fin de la démocratie.
Des critiques persistantes sur la concentration des pouvoirs
Néanmoins, cette trajectoire institutionnelle continue de susciter de vives inquiétudes chez les juristes et les défenseurs des droits humains. Ingrid Escobar, avocate et directrice de l’organisation salvadorienne Socorro Jurídico Humanitario, a qualifié cette troisième candidature d’inconstitutionnelle, estimant que « se maintenir au pouvoir permet d’éviter de rendre des comptes pour des actes graves de corruption et des crimes contre l’humanité ».
Les mêmes voix rappellent que la réélection de 2024 avait déjà été largement critiquée par des constitutionnalistes, qui accusaient le président d’avoir remplacé de manière irrégulière les juges de la Chambre constitutionnelle et le procureur général afin de concentrer le pouvoir entre ses mains.
Ces réformes successives interviennent par ailleurs dans un contexte où Nuevas Ideas contrôle la quasi-totalité de l’Assemblée législative, laissant peu de contre-pouvoirs institutionnels susceptibles de freiner ce processus.
Un scrutin unifié pour février 2027
L’élection présidentielle de février 2027 coïncidera pour la première fois avec le renouvellement de l’Assemblée législative et des conseils municipaux, une unification du calendrier électoral rendue possible par la disposition transitoire adoptée en 2025.
Cette échéance sera scrutée de près dans l’ensemble de la Grande Caraïbe et de l’Amérique centrale, tant elle cristallise la tension entre stabilité sécuritaire revendiquée et affaiblissement des garde-fous démocratiques dénoncé par une partie de la société civile et des organismes internationaux.



