Construire en zone sismique en Guadeloupe : des non-conformités persistantes pour les maisons individuelles

La Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DEAL) a récemment publié son bilan annuel 2025 https://www.guadeloupe.developpement-durable.gouv.fr/bilan-crc-2025-a4916.html#H_t2-Bilan-CRC des Contrôles Régime de Construction (CRC) en Guadeloupe. Le document dresse un état des lieux de la conformité aux normes parasismiques et thermiques dans une île classée zone sismique 5 (maximale).

Le verdict est nuancé : malgré une intensification des contrôles, des non-conformités « récurrentes » et « majeures » subsistent.

Un élargissement des contrôles, mais toujours un couverture incomplète

En 2025, la DEAL a réalisé 32 opérations de contrôle sur 12 communes, soit 22 contrôles parasismiques en maisons individuelles, 5 sur d’autres rubriques (accessibilité, sécurité incendie, aération, thermique), et 5 en bâtiments collectifs. Ces chiffres traduisent une mobilisation croissante : en 2023 et 2025, le nombre de contrôles a atteint un pic de 60 opérations, contre une moyenne de 10 à 40 les années précédentes.

Cependant, il y a un bémol. En 2025, environ 50 logements ont été contrôlés sur un total de 300 logements inspectés, autrement dit, à peine 16 % des opérations en cours ont fait l’objet d’une visite de conformité. Le fossé entre le nombre total de constructions et celui de logements effectivement vérifiés reste vertigineux.

La DEAL admet d’ailleurs une limite logistique : elle s’est fixé pour objectif « au moins un contrôle tous les 3 ans dans chaque commune ». Tous les trois ans. Dans une île en zone sismique maximale, cet intervalle paraît long.

L’opacité des données : un frein à la prévention

La DEAL s’appuie sur SITADEL, la base de données nationale des permis de construire, pour identifier les chantiers à contrôler. Toutefois, le document reconnaît que SITADEL « renseigne sur l’état des permis déposés en mairie » tout en manquant « d’informations sur l’état d’avancement des constructions et les coordonnées des maîtres d’ouvrage ».

En d’autres termes, la DEAL ne sait pas toujours où se construisent les maisons, ni à quel stade de progression elles en sont. Elle doit demander aux mairies la liste des ouvertures de chantier. Or « certaines mairies sont encore réticentes à communiquer ces informations ». Le contrôle s’appuie donc sur une cartographie lacunaire du terrain.

Les non-conformités parasismiques : un problème d’application, pas de règles

Le point le plus critique concerne le parasismique. La Guadeloupe est en zone sismique 5 (maximale) et en zone non interconnectée, ce qui signifie qu’elle doit être autonome énergétiquement. Dans ce contexte, les normes parasismiques ne sont pas optionnelles ; elles sont une question de sécurité élémentaire des citoyens.

Pourtant, le document énumère des défaillances « récurrentes » :

  • L’utilisation de blocs de maçonnerie de 15 cm dans les murs de contreventement reste fréquente, alors qu’elle est non-conforme.
  • Le non-respect des règles de mise en œuvre des chaînages persiste, malgré les campagnes de sensibilisation.
  • Plus grave encore, un contrôle a détecté une construction majeure « implantée sur une parcelle exposée au risque de mouvement de terrain, sans étude de sol », « en bordure de ravin », « sans mur de contreventement » et « avec une façade en encorbellement ». Cette construction a reçu un permis.

Ces défaillances ne relèvent pas d’un manque de règles. Elles résultent d’une application défaillante.

Les maisons individuelles sous CCMI : une volonté de professionnalisation, des failles persistantes

Sur 27 maisons individuelles contrôlées, 25 relèvent du régime CCMI (Contrat de Construction Maison Individuelle) et seulement 2 de l’auto-construction. Le CCMI signifie que les constructeurs agissent dans un cadre contractuel renforcé.

La DEAL y voit un progrès : « volonté de plus en plus marquée par les maîtres d’ouvrage de recourir à des professionnels ». Mais elle ajoute que cela ne suffit pas. Les constatations opérées sur des opérations CCMI « soulignent la nécessité de s’assurer que les intervenants sont régulièrement déclarés et qu’ils respectent les clauses et garanties du contrat ». Autrement dit, même avec un contrat, les garanties ne fonctionnent pas toujours.

La réglementation thermique : des permis délivrés sans attestation

Un second domaine pose problème : la réglementation thermique. La DEAL a relevé que certains permis de construire ont été délivrés sans attestation RTG (Réglementation Thermique Guadeloupe).

Les non-conformités identifiées : installations de production d’eau chaude reposant « exclusivement sur le réseau électrique », en contradiction avec les exigences de la RTG. Sur 27 maisons contrôlées, 5 attestations RTG présentaient saisies incohérentes. Il y a également un manque de coordination entre les corps de métier (perçages de murs, ouvertures pour passage de gaines) effectués sans repérage préalable des armatures et chaînages, endommageant leur fonction.

Une systémique défaillante

Le document peint le tableau d’une systémique défaillante à plusieurs niveaux. Les données manquent. Les mairies ne communiquent pas. Les permis sont délivrés sans justification. Les contrats CCMI ne garantissent pas le respect des normes. Les autres corps de métier (climaticiens, électriciens) ignorent ou négligent les exigences parasismiques.

La DEAL conclut en appelant à une « sensibilisation » des acteurs. C’est l’admission implicite que, après des années de normes et de contrôles, la Guadeloupe construit encore mal en zone sismique maximale.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.