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Qualité de l’eau en Guadeloupe : 9 sites toujours interdits à la baignade

L’Agence de Santé de Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy (ARS) vient de publier son dossier de presse annuel https://www.guadeloupe.ars.sante.fr/media/163673/download?inline consacré à la qualité de l’eau : « Qualité de l’eau en Guadeloupe, bilan du contrôle sanitaire 2025 » (édition 2026).
Le document dresse un état des lieux de deux enjeux sanitaires majeurs pour l’archipel, la qualité des eaux de baignade lors de la saison 2025 et celle de l’eau destinée à la consommation humaine sur les années 2024 et 2025.
Les indicateurs sont globalement rassurants, mais plusieurs points noirs persistent.
Une saison de baignade globalement conforme
Lors de la saison 2025, 128 sites de baignade ont été déclarés et suivis sur le plan sanitaire à l’échelle de l’archipel, dont 111 sites en mer et 17 en rivière, répartis sur 24 communes de Guadeloupe ainsi qu’à Saint-Barthélemy et Saint-Martin.
Pour la seule Guadeloupe, 1 312 prélèvements ont été réalisés au cours de la saison, avec un taux de conformité de 86,4 %.
Ce résultat masque un écart net entre les deux types de milieux. Les eaux de mer affichent une conformité de 91,9 %, dont 72,1 % classées en excellente qualité. Les eaux de rivière sont nettement plus fragiles, avec une conformité de seulement 64,7 % et 29,4 % de sites en excellente qualité.
L’ARS l’explique par la sensibilité des cours d’eau aux épisodes pluvieux : ils reçoivent directement le ruissellement de l’ensemble du bassin versant, alors que le littoral reste globalement plus stable, sauf à proximité de rejets, de zones urbanisées ou de mouillages.
9 sites toujours interdits à la baignade
9 sites sont interdits à la baignade en Guadeloupe depuis plus de 5 années consécutives, en raison d’une qualité insuffisante.
- 4 se trouvent en rivière : Fond Helliot à Deshaies, Dolé à Gourbeyre, Diane à Petit-Bourg et Petit-Pérou à Capesterre-Belle-Eau.
- 5 se trouvent en mer : Anse à Sable à Bouillante, Petite Anse (rejet) à Bouillante, Viard à Petit-Bourg, Les Basses à Grand-Bourg (Marie-Galante), et, nouveauté de cette édition 2026, Fond du Curé à Terre-de-Haut, fermé de manière permanente depuis janvier 2026.
Ces dégradations récurrentes s’expliquent, selon l’ARS, par les fortes pluies, le ruissellement, les défauts d’assainissement, les rejets ponctuels ou encore la présence d’animaux à proximité des zones de baignade.
À cela s’ajoute un phénomène désormais installé dans le paysage : les échouements de sargasses, toujours présents de mars à septembre, qui rendent la baignade déconseillée sur les sites impactés.
Les profils de baignade progressent, mais restent incomplets
Le principal outil de prévention mis en avant par l’ARS est le profil de baignade, document réglementaire qui permet d’identifier les sources de pollution et de programmer des actions correctives.
En juillet 2026, près d’un site sur deux (49 %) dispose désormais d’un profil à jour, contre seulement 25 % un an auparavant. Toutefois, 28 % des profils restent encore à réaliser, 17 % sont à réviser et 6 % sont en cours d’élaboration.
L’ARS insiste sur le fait que cet outil ne doit pas être perçu comme une simple obligation administrative, mais comme un véritable levier d’aide à la décision pour les collectivités responsables des sites de baignade.
Eau du robinet : des progrès en trompe-l’œil
Le second volet du dossier concerne l’eau destinée à la consommation humaine en Guadeloupe. L’ARS y surveille plusieurs paramètres, dont la chlordécone, la microbiologie, l’aluminium et la turbidité.
Sur la chlordécone, la conformité atteint 100 % en 2025 (162 échantillons), contre 97,4 % en 2024. Une non-conformité relevée en 2024 avait néanmoins entraîné une interdiction de consommation en 2025, signe que la vigilance reste de mise, notamment lors des opérations de changement des filtres à charbon actif.
Sur le plan microbiologique, la conformité progresse à 97,2 % (2 368 échantillons), contre 92,5 % en 2024, un niveau qui reste toutefois en retrait par rapport à la moyenne nationale de 98 %. L’ARS attribue ces écarts aux contraintes d’exploitation du réseau : temps de séjour de l’eau, bras morts, désinfection.
C’est sur l’aluminium que le bilan est le plus préoccupant : la conformité s’établit à 84,3 % (1 404 échantillons), contre 79,8 % en 2024, très en dessous de la moyenne nationale de 96 %. En cause, des défaillances identifiées sur les usines de production d’eau de Sofaïa à Sainte-Rose, de Saint-Louis à Baillif et de Desvarieux au Moule.
La turbidité reste stable, à 95,5 % de conformité (1 430 échantillons) contre 95,6 % en 2024, un niveau proche de la moyenne nationale de 95 %. Les non-conformités surviennent surtout après des épisodes pluvieux intenses.
L’ARS le souligne elle-même : ces résultats globaux, en amélioration, masquent les dysfonctionnements de certaines unités de distribution où la qualité de l’eau reste insuffisante, en particulier celles desservies par Le Moule Desvarieux et par Sofaïa à Sainte-Rose.
Stockage tampon et eau de pluie, des solutions tolérées face à la pénurie
Le dossier de presse replace ces chiffres dans le contexte de la crise de l’eau que traverse la Guadeloupe. Face au manque d’eau, une partie des usagers se tourne vers des solutions alternatives, comme le stockage tampon d’eau du robinet ou le stockage d’eau de pluie.
L’installation de dispositifs de stockage tampon d’eau potable n’est pas prévue par la réglementation, et une mauvaise conception ou un défaut d’entretien peuvent en dégrader la qualité. Néanmoins, compte tenu du contexte de crise, l’ARS tolère ces dispositifs, à condition qu’ils soient conçus pour favoriser une circulation permanente de l’eau.
Concernant l’eau de pluie, la France s’est dotée en mars 2023 d’un plan pour une gestion résiliente et concertée de l’eau. Depuis juillet 2024, de nouvelles dispositions réglementaires encadrent ainsi l’utilisation d’eaux impropres à la consommation humaine, dont l’eau de pluie, pour des usages domestiques, dans le respect de la protection de la santé des populations et des écosystèmes.
Le bilan 2025 de l’ARS dessine donc un archipel où la baignade reste globalement sûre, sous réserve de respecter les interdictions et les périodes de sargasses, et où l’accès à une eau potable de qualité homogène demeure, lui, un chantier encore ouvert.



