La Grande Caraïbe expliquée, analysée et racontée autrement
Rapport officiel sur la formation maritime en outre-mer : des océans immenses, des écoles vides, des chiffres préoccupants

La France possède le deuxième domaine maritime mondial, et l’essentiel de cette étendue lui vient de ses territoires ultramarins. Un rapport interministériel publié en novembre 2025 vient pourtant de dresser un constat sévère : dans ces mêmes territoires, on ne forme presque personne aux métiers de la mer.
Le document, intitulé Formation maritime et aux métiers de l’économie bleue en outre-mer, est le fruit d’une mission conjointe de trois corps d’inspection de l’État : l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR), l’Inspection générale des affaires maritimes (IGAM) et le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER). Il a été commandé en juin 2024 par 4 membres du gouvernement, dans le prolongement d’une mesure issue du Comité interministériel de la mer de 2023.
Ses 4 auteurs, Federico Berera, Laurent Galy, Alain Joly et Florence Smits, ont auditionné 240 personnes et se sont rendus dans tous les territoires étudiés à l’exception de Saint-Pierre-et-Miquelon : Guadeloupe, Martinique, Guyane, Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, La Réunion et Wallis-et-Futuna.
Pour la Grande Caraïbe, la lecture est instructive. Elle éclaire à la fois le retard accumulé et les leviers identifiés par l’État lui-même.
Une économie que personne ne sait mesurer
Premier constat troublant : les pouvoirs publics ne disposent pas de chiffres fiables sur le poids réel de l’économie bleue ultramarine.
Les seules données consolidées citées par la mission remontent à plus de 10 ans. Selon l’Institut d’émission des départements d’outre-mer, l’économie bleue ultramarine représentait en 2015 quelque 12 500 emplois, soit 2,4 % de l’emploi marchand ultramarin, portés par 8 800 entreprises (3,5 % du tissu entrepreneurial marchand ultramarin, contre 0,4 % à l’échelle nationale hors collectivités d’outre-mer). En élargissant le périmètre au tourisme, l’INSEE comptabilisait 27 500 emplois dans les DROM, mais pour l’année 2012.
Les estimations locales, plus récentes, donnent des ordres de grandeur bien supérieurs.
- En Martinique, la direction de la mer et le cluster maritime évaluaient, sur des données de 2013, à plus de 12 000 le nombre d’emplois liés à l’économie bleue, soit 12 % de l’emploi total du territoire, dont plus de 70 % associés aux activités touristiques.
- À La Réunion, à partir des données INSEE de 2018, le cluster maritime estime l’emploi maritime à 10 000 personnes, dont 70 % dans le tourisme littoral, soit 3,4 % de l’emploi total.
L’écart entre ces chiffres n’est pas anecdotique : il traduit l’absence d’un appareil statistique partagé. La mission recommande explicitement une étude précise mobilisant l’INSEE et France Travail. Sans elle, impossible de dimensionner correctement l’offre de formation.
Un chiffre, cependant, ne prête pas à discussion : les zones économiques exclusives françaises représentent 10 % de la biodiversité marine mondiale. Et en 2015, 4 ports français figurant parmi les 10 premiers pour le trafic de conteneurs étaient ultramarins : Port-Réunion, Pointe-à-Pitre, Fort-de-France et Nouméa.
5 formations initiales de navigants pour 9 territoires
C’est le cœur du rapport et sa conclusion la plus dure.
La France compte 12 lycées professionnels maritimes et centres agréés assurant la formation initiale des navigants. 5 sont situés en outre-mer, en Guadeloupe, Guyane, Martinique, Mayotte et à La Réunion. Cela signifie que la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna sont pratiquement dépourvues de formation initiale maritime, alors même que ce sont des territoires océaniques par définition.
Le déséquilibre apparaît crûment dans les chiffres 2024 des diplômés maritimes.
- En Guadeloupe, 1 544 personnes ont été diplômées : 8 en formation initiale, 1 536 en formation continue.
- En Martinique, 1 012 diplômés : 14 en formation initiale, 998 en formation continue.
- En Guyane, 51 diplômés, tous en formation continue, aucun en formation initiale.
- À Mayotte, 195 diplômés dont 19 en formation initiale.
- En Nouvelle-Calédonie, 1 088 diplômés, tous en formation continue.
- En Polynésie française, 1 088 également, entièrement en formation continue.
- À Wallis-et-Futuna, zéro, faute de centre de formation maritime sur le territoire.
Autrement dit, sur l’ensemble des territoires renseignés, la formation initiale de navigants a produit quelques dizaines de diplômés en un an, quand la formation continue en produisait plusieurs milliers.
La mission le formule sans détour : « la faiblesse de la formation initiale demeure le défi structurel majeur ». La formation continue, avec ses 40 intitulés différents recensés outre-mer, masque partiellement la carence sans la combler.
Le rapport pointe par ailleurs un déficit important sur les qualifications qui correspondent aux pratiques maritimes locales réelles : Capitaine 200, matelot, mécanicien 250 kW et mécanicien 750 kW. Les professionnels peinent, de surcroît, à renouveler leurs certificats, obligatoire tous les 5 ans.
Aux Antilles françaises et en Guyane, ils regrettent une offre insuffisante et déclarent ne pouvoir se former que difficilement dans leur région. La mission écarte fermement la solution de facilité : « l’attribution de dérogations n’est pas une solution acceptable au regard des réglementations internationales ».
Le cas guadeloupéen : des effectifs réels, des murs vieillissants
La Guadeloupe illustre bien la tension entre demande latente et outil de formation.
Le territoire dispose de 3 établissements proposant la filière maintenance nautique, auxquels s’ajoute le lycée Daniella Jeffry à Marigot, à Saint-Martin. À la rentrée 2024, ils accueillaient 282 élèves, dont 79 à Saint-Martin : 96 en CAP maintenance nautique et 186 en baccalauréat professionnel. Le lycée Chevalier de Saint-Georges aux Abymes concentre à lui seul 133 de ces élèves.
Le rapport décrit le lycée Blanchet à Gourbeyre, « figure historique de la formation maritime en Guadeloupe », comme souffrant d’un manque d’investissement dans les infrastructures et les équipements, handicapé de surcroît par une localisation éloignée des zones urbaines. Il n’est pas rare, notent les inspecteurs, que des élèves y effectuent plusieurs heures de transport scolaire par jour.
Le lycée Chevalier de Saint-Georges, mieux situé, affiche un taux de couverture pédagogique des référentiels estimé à 62 %, ce qui en fait paradoxalement l’établissement le mieux placé du territoire selon ce critère.
Côté formation continue, la Guadeloupe compte 8 centres agréés par la direction de la mer, dont Guadeloupe océan (612 diplômés en 2024), l’AFPS978 de Saint-Martin (265), le lycée professionnel privé de Blanchet (258) et Caraibbean Crew and Services (73), ce dernier ayant été créé par la compagnie maritime Express des Îles pour ses propres besoins. Cette dernière donnée en dit long : faute d’offre publique suffisante, des entreprises de transport de passagers ont créé leur propre centre de formation.
La Martinique, seul territoire ultramarin doté d’un campus des métiers de la mer
La Martinique fait figure d’exception encourageante dans le rapport. Elle est à ce jour le seul territoire ultramarin doté d’un Campus des métiers et des qualifications centré de la mer en Martinique (CMQ2M).
Ce campus mène un travail de « coloration maritime » de formations qui ne l’étaient pas : un baccalauréat professionnel gestion des pollutions et protection de l’environnement, mis en place à la rentrée 2021 en partenariat étroit avec la Marina du Marin, un baccalauréat professionnel logistique, et depuis la rentrée 2024-2025 un baccalauréat professionnel métiers de la couture et de la confection, en réponse à une demande des professionnels de la plaisance en voilerie et sellerie.
Le lycée professionnel Raymond Néris, au Marin, propose par ailleurs le baccalauréat professionnel et le CAP maintenance nautique, avec une possibilité de formation sous statut d’apprenti.
L’École de formation professionnelle maritime et aquacole de La Trinité, seul pôle de formation maritime de l’archipel, a élaboré en 2024 un projet de rénovation de ses infrastructures évalué à 14 millions d’euros. Elle demeure toutefois confrontée à l’insuffisance de ses équipements et à un manque de formateurs qualifiés, ce qui, selon le rapport, « compromet son ambition de devenir une référence régionale ».
La Martinique se distingue aussi sur l’initiation : avec 195 inscrits au Brevet d’initiation à la mer en 2024 et un taux de réussite de 62 %, elle est le premier territoire d’outre-mer en nombre de candidats.
La Guyane, une filière fragile qui recrute à l’étranger
En Guyane, l’offre tient à peu de chose.
- Un CAP de maintenance nautique existe depuis la rentrée 2021 au lycée professionnel du Larivot à Matoury, avec un effectif moyen de dix élèves et une difficulté à stabiliser les enseignants spécialisés.
- Un CAP Maritime a été ouvert au lycée de Matiti à Macouria, jugé fragile en raison d’un financement encore insuffisant, ce qui « pourrait décourager les étudiants, nuire à la réputation de la formation et à terme faire disparaître cette filière ».
Hors de ces deux points, l’enseignement maritime guyanais est assuré par un organisme privé en situation de monopole.
Le rapport rapporte un fait qui résume à lui seul l’enjeu : une société de pêche guyanaise embauche des pêcheurs indonésiens pour ses crevettiers, faute de parvenir à constituer localement des équipages.
Le document relève par ailleurs que le modèle du CAP Maritime de Matiti, fondé sur la synergie et la mutualisation des plateaux techniques et des locaux, constitue selon la mission une approche efficace, reproductible ailleurs.
Savoir nager, le préalable oublié
L’un des passages les plus frappants du rapport concerne une compétence élémentaire : la natation.
Selon une enquête de juin 2023 sur le savoir-nager au collège, les académies ultramarines de Mayotte, Guyane, Guadeloupe et La Réunion figurent parmi celles où moins de 70 % des élèves de sixième obtiennent en fin d’année l’attestation scolaire « savoir nager en sécurité », alors que la moyenne nationale dépasse 82,9 %.
Le détail est éloquent.
- Mayotte affiche le taux de réussite le plus faible du pays, 58,3 %, et le pourcentage le plus élevé d’établissements sans accès à une installation de natation, 25 %.
- La Guyane suit avec 63 % de réussite et 22,2 % d’établissements sans accès.
- La Guadeloupe se situe à 64,4 % de réussite et 13,9 % sans accès.
- La Réunion est la mieux positionnée avec 67,4 % et 10,9 %.
- La Martinique fait exception avec un taux de 81,7 % et aucun établissement déclarant être sans accès à une installation aquatique, même si 100 % des activités de natation s’y pratiquent hors les murs, dont 42 % en mer, le nombre de piscines étant très insuffisant.
Les éducateurs martiniquais témoignent d’ailleurs de difficultés concrètes : 58 % déplorent le manque d’installations, 38 % le coût élevé de la location de bassins, 30 % le nombre restreint d’éducateurs.
Le lien est direct, et la mission l’établit : cette exposition accrue au risque de noyade « pourrait également expliquer en partie le manque d’attrait des populations locales pour la mer et donc pour les métiers et activités maritimes ».
Le paradoxe culturel : vivre entourés d’océan sans regarder vers lui
Le rapport s’appuie sur une enquête du Commissariat général au développement durable de 2019 pour documenter un décalage culturel rarement énoncé aussi clairement.
En 2019, seulement 31 % des Antillais déclaraient préférer vivre sur le littoral, un chiffre près de deux fois plus faible qu’à Mayotte et en Nouvelle-Calédonie. Environ deux tiers des Antillais se disent intéressés par les activités économiques et sociales du secteur maritime, contre trois quarts des Mahorais, des Néo-Calédoniens et des Polynésiens.
Hormis à Saint-Pierre-et-Miquelon et en Polynésie française, note la mission, les cultures traditionnelles sont assez peu tournées vers la mer. Aux Antilles et en Guyane, les métiers de la mer « souffrent d’une mauvaise image ». La mer y est perçue comme un espace de loisir plutôt que comme un gisement d’emplois.
Ce désintérêt rencontre une démographie professionnelle préoccupante. Un rapport d’information du Sénat de février 2022 faisait déjà état du vieillissement de la profession de pêcheur. En Guadeloupe, 65 % des actifs du secteur de la pêche ont plus de 50 ans. Les clusters maritimes de Martinique et de Guyane soulignent que les revenus annuels faibles et irréguliers, combinés aux conditions de travail, ne permettent pas de fidéliser les équipages.
Dépendance alimentaire : 70 % du poisson importé
Le rapport rappelle un chiffre qui devrait retenir l’attention de tous ceux qui travaillent sur la souveraineté alimentaire caribéenne. La France importe 70 % des produits de la pêche qu’elle consomme, une proportion qui atteint 88 % à La Réunion. De même, 80 % des produits de l’aquaculture sont importés, et 73 % des fruits de mer destinés à la Guadeloupe proviennent de l’étranger.
L’aquaculture, souvent évoquée comme relais de croissance, recule au lieu de progresser. En Martinique, on comptait 11 fermes aquacoles actives en 2015. Il n’en reste plus que 3 en 2025.
La pêche vivrière, elle, reste vivace : 72 % des Néo-Calédoniens et 76 % des Polynésiens la pratiquent. La mission considère que cette tradition de subsistance freine paradoxalement le développement nécessaire d’une pêche professionnelle structurée.
Le BIMer, une porte d’entrée qui fonctionne inégalement
Créé en 2020 par le ministère de l’Éducation nationale en partenariat avec la Marine nationale et les professionnels du secteur, le Brevet d’initiation à la mer est identifié par le rapport comme « le vecteur privilégié pour faire découvrir le milieu marin aux plus jeunes ». Sa progression nationale est spectaculaire : 219 candidats en 2021, 680 en 2022, 1 535 en 2023 et 2 209 en 2024. Plus de 3 000 jeunes l’ont obtenu depuis la première session. En 2025, 24 académies étaient engagées.
Les résultats ultramarins de la session 2024 sont contrastés.
- La Martinique arrive en tête avec 195 inscrits et 62 % de réussite.
- Suivent la Guadeloupe avec 113 inscrits mais seulement 36 % de réussite, la Polynésie française avec 104 inscrits et 74 %, Mayotte avec 78 inscrits et 33 %,
- La Réunion avec 66 inscrits et 75 %, la Guyane avec 9 inscrits et 100 % de réussite.
- La Nouvelle-Calédonie, Saint-Pierre-et-Miquelon et Wallis-et-Futuna n’enregistraient aucun inscrit. La moyenne nationale de réussite s’établit à 82 %.
L’écart entre la Guadeloupe, qui inscrit beaucoup et fait réussir peu, et la Martinique, qui inscrit davantage encore avec un taux presque deux fois supérieur, mérite d’être creusé. Le rapport signale toutefois une initiative guadeloupéenne intéressante, le « passeport mer », qui vise à renforcer la dimension pratique de l’apprentissage par des expériences de terrain et des interventions de professionnels.
D’autres dispositifs d’initiation existent :
- les classes de mer, lancées dès 1964
- les classes enjeux maritimes créées en 2022 (152 classes réparties dans 86 établissements et 18 académies fin 2024, soit environ 3 500 élèves par an)
- les aires marines éducatives lancées en 2012 en Polynésie française puis étendues au territoire national (plus de 250 aires et près de 7 000 élèves en 2024)
- la marée découverte, expérimentée depuis 2014, qui permet d’embarquer sur des navires professionnels.
La mission observe cependant que ces initiatives « tendent à être moins importantes en outre-mer que dans les régions littorales hexagonales ».
Le coût, obstacle décisif
Se former dans l’Hexagone reste hors de portée pour de nombreuses familles ultramarines. Aux coûts habituels s’ajoute celui du déplacement en avion, qui rend très compliqués les retours pendant les vacances scolaires. Le rapport souligne que « le revenu d’une famille étant souvent limité à un seul salaire, l’entrée en formation du marin met en difficulté l’économie du ménage ».
Sur place, le problème n’est pas mince non plus. La mission a constaté que des élèves en Guadeloupe ou en Polynésie française effectuent plus de 4 heures de transport par jour pour suivre leurs études dans des établissements de formation maritime. Le manque de places en internat constitue, écrit-elle, « un obstacle majeur à l’inscription en formation ».
Les équipements pèsent lourd également. Un simulateur de navigation coûte environ 350 000 euros, un simulateur machine 250 000 euros, un simulateur incendie 300 000 euros. Un parcours complet de formation Capitaine 3 000 au lycée professionnel maritime de Nantes revient à 15 441 euros par stagiaire, pour un groupe de douze stagiaires minimum. Rapporté aux petites cohortes ultramarines, le coût par élève devient prohibitif.
La mission relève enfin une donnée qui pèse sur toute la chaîne : le niveau de décrochage scolaire est deux fois plus élevé en outre-mer que dans l’Hexagone. Près de 40 % des jeunes ultramarins sont inscrits en formation professionnelle en lycée, contre près de 30 % pour l’ensemble du territoire français.
7 recommandations, 3 échelles
Face à ce diagnostic, la mission formule 7 recommandations articulées sur trois niveaux.
Au niveau local, il s’agit de :
- développer l’attractivité en augmentant le nombre de titulaires du BIMer et en renforçant l’apprentissage de la natation
- identifier les besoins réels par des gestions prévisionnelles des emplois et des compétences confiées aux collectivités territoriales
- aligner l’offre sur ces besoins en mutualisant les plateaux techniques et en associant les régiments du service militaire adapté
- augmenter significativement le nombre de places en internat.
Au niveau régional, la mission recommande d’encourager la création de Campus des métiers et des qualifications dédiés à l’économie bleue, sur le modèle martiniquais. Elle attire l’attention sur un projet de la Commission de l’océan Indien visant à créer un réseau d’acteurs de la formation maritime appuyé sur l’École d’apprentissage maritime de La Réunion, identifiée comme tête de pont. La logique vaut évidemment pour le bassin caribéen.
Au niveau national, deux propositions structurantes :
- La création d’un centre de simulation maritime national dédié à l’outre-mer, accessible par plateforme, dont l’intérêt réside dans une utilisation continue rendue possible par les décalages horaires entre territoires, avec une offre de formations STCW à distance associée.
- La création d’un label « Pavillon outre-mer » certifiant les centres de formation hexagonaux qui garantissent les meilleures conditions d’accueil aux étudiants ultramarins, adossé à un guichet unique gérant les bourses d’études.
Sur ce dernier point, la mission cite une expérience concrète : la Polynésie française prend en charge les frais de transport et rémunère les marins étudiant au lycée professionnel maritime de Nantes depuis 2024, dispositif qui « s’avère être une solution efficace pour lever les obstacles financiers susceptibles de freiner les vocations ».
Un paradoxe souligné
La mission conclut sur un paradoxe qu’elle formule elle-même : « Bien que l’environnement maritime soit omniprésent, la mer est souvent perçue pour ses loisirs plutôt que comme une source d’opportunités professionnelles. »
Pour la Grande Caraïbe, plusieurs lignes de force se dégagent. Les grands ports maritimes de la Martinique et de la Guadeloupe sont décrits comme des plaques tournantes régionales, dont les capacités d’accueil sont en augmentation et en phase de modernisation. Les métiers portuaires, grutiers, lamaneurs, techniciens de maintenance, scaphandriers, dockers, représentent selon le rapport un potentiel d’emplois qui « justifie la mise en place de formations locales », et un centre de formation régional constituerait « une solution durable ».
Le tourisme, premier employeur de fait de l’économie bleue ultramarine, reste sous-outillé en formation.
En 2023, les outre-mer ont accueilli 2,5 millions de touristes et généré 2 milliards d’euros de recettes touristiques, auxquels s’ajoutent 2,2 millions de croisiéristes en escale et 325 000 têtes de ligne. Le rapport note que la croissance du tourisme lié au milieu marin « est limitée par la faiblesse d’une offre de formation hôtelière et touristique spécialisée dans le domaine maritime ».
Reste la question que le rapport pose sans y répondre entièrement : celle de la coopération régionale. Les Antilles constituent, selon le Document stratégique du bassin maritime des Antilles, le premier bassin de navigation de l’hémisphère nord en hiver, avec 10 % de la flotte mondiale de plaisance locative naviguant autour des îles françaises. Cependant, les activités nautiques y sont principalement proposées par des non-insulaires. Former localement, c’est aussi reprendre la main sur une richesse qui se produit sous les fenêtres sans toujours profiter à ceux qui y vivent.
La mission le dit en une phrase : la réussite « ne dépend pas uniquement de la mise en place de nouvelles structures, mais d’une approche globale et coordonnée, impliquant tous les acteurs ».



