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Emploi en Guadeloupe : l’intérim s’effondre, les licenciements économiques augmentent au 1er trimestre 2026

La Direction de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (Deets) de Guadeloupe, en partenariat avec la Caisse générale de sécurité sociale (CGSS) de Guadeloupe, a publié en juillet 2026, sous la direction de Ludovic de Gaillande et Pierre-Jean Dalleau, sa note trimestrielle de conjoncture emploi-marché du travail portant sur le premier trimestre 2026.
Construite à partir des données Acoss-CGSS et Dares-France Travail, cette note dresse un état des lieux précis du marché du travail guadeloupéen, dont le service statistique couvre également le bureau de Saint-Martin.
Le tableau qui s’en dégage est celui d’un marché de l’emploi qui se retourne, après plusieurs années de stabilisation post-covid.
Un emploi salarié privé en recul pour le deuxième trimestre consécutif
Au premier trimestre 2026, le secteur privé emploie 87 966 salariés en Guadeloupe, en données corrigées des variations saisonnières. L’emploi privé recule de 1,0 % sur un an, une baisse plus marquée qu’au quatrième trimestre 2025, où le repli s’établissait à 0,6 %. Ce retournement fait suite à une longue période de dynamisme : après le regain d’activité amorcé en 2015-2016, l’emploi était resté particulièrement vigoureux jusqu’à fin 2019, avant que la crise sanitaire ne bouleverse la trajectoire de nombreux secteurs. Un net rebond avait ensuite été observé dès la fin 2020, suivi d’une stabilisation à partir de 2023.
Ce repli touche inégalement les secteurs.
- La construction affiche le recul le plus marqué, avec une baisse de 5,8 % sur un an, devant l’agriculture (moins 4,3 %) et le commerce (moins 1,1 %).
- L’industrie progresse toutefois légèrement (plus 0,4 %), portée par la fabrication de denrées alimentaires, de boissons et de produits à base de tabac, en hausse de 4,7 %, qui compense le repli des autres branches industrielles.
- Le tertiaire hors intérim reste globalement stable, la majorité des activités de services étant orientées à la hausse, à l’exception notable des transports et de l’entreposage (moins 1,0 %) et de l’information-communication (moins 0,9 %).
L’intérim, signal avancé qui vire au rouge
L’évolution de l’intérim illustre bien la prudence croissante des employeurs. Si le nombre de contrats signés au premier trimestre 2026 augmente de 9,0 % sur un an, pour atteindre 17 643 contrats, le volume d’emploi correspondant, mesuré en équivalent emplois temps plein, diminue lui de 12,6 %, pour s’établir à 2 258.
L’effectif en fin de trimestre recule plus fortement encore, de 15,9 %, à 2 124 intérimaires. La durée moyenne des missions achevées se réduit également, passant de 2,1 semaines au quatrième trimestre 2025 à 1,9 semaine au premier trimestre 2026. Cette conjonction d’un nombre de contrats en hausse et d’un volume d’emploi en baisse traduit un recours accru à des missions plus courtes et plus fragmentées, plutôt qu’un véritable regain d’activité.
Des licenciements économiques en forte hausse, une tendance qui s’inverse depuis 2022
Le nombre de licenciements économiques comptabilisés par France Travail atteint 330 au premier trimestre 2026, en hausse de 26,9 % sur un an. Cette progression s’inscrit dans une tendance de fond identifiée par les auteurs de la note : après des années de baisse continue des licenciements économiques, parallèlement à une hausse des ruptures conventionnelles, ces deux dynamiques se sont inversées depuis 2022-2023.
Le nombre de licenciements économiques a en effet touché un point bas fin 2022, avant de repartir durablement à la hausse. À l’inverse, les ruptures conventionnelles homologuées par la Deets Guadeloupe, au nombre de 717 sur le trimestre, reculent de 6,6 % sur un an, confirmant cette bascule après un pic atteint entre 2018 et 2022.
Moins d’offres durables, davantage de contrats courts
Les offres d’emploi collectées par France Travail progressent de 4,4 % sur un an, avec 2 830 offres enregistrées au premier trimestre 2026. Cette hausse d’ensemble masque cependant une recomposition nette de leur nature : les offres durables, portant sur des postes de six mois et plus, chutent de 22,4 % sur un an, tandis que les offres non durables, de moins de six mois, bondissent de 40,9 %. Les auteurs de la note appellent néanmoins à la prudence, ces séries étant réputées volatiles d’un trimestre à l’autre.
Une baisse de la demande d’emploi, portée par les jeunes et les femmes
Le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A inscrits à France Travail s’établit à 40 210 au premier trimestre 2026, en baisse de 6,2 % sur un an, une diminution nettement plus marquée qu’au trimestre précédent (moins 1,1 %).
Cette baisse est particulièrement forte chez les moins de 25 ans (moins 13,6 %) et chez les femmes (moins 8,7 %), contre une baisse plus modérée chez les hommes (moins 3,0 %) et chez les 50 ans et plus (moins 4,4 %).
La note souligne toutefois que les réformes en cours, notamment autour du RSA, peuvent influencer à la hausse comme à la baisse les inscriptions à France Travail, en particulier pour les bénéficiaires du RSA et les publics les plus jeunes, invitant à lire ces chiffres avec discernement.
Une fiabilité des données à surveiller
Enfin, la note signale une difficulté méthodologique notable. Des modifications apportées fin mars 2025 au formulaire dématérialisé de déclaration préalable à l’embauche ont provoqué des erreurs déclaratives sur le type de contrat renseigné par les entreprises.
Ces erreurs, dont l’ampleur reste à évaluer, ont conduit à la suspension de la publication des séries de déclarations d’embauche par type de contrat, et invitent à considérer avec prudence l’ensemble des données publiées entre avril et septembre 2025.
Pris dans leur ensemble, ces indicateurs dessinent un marché du travail guadeloupéen entré dans une phase de ralentissement, où la baisse de l’emploi salarié privé et la remontée des licenciements économiques contrastent avec le repli, en trompe-l’œil, de la demande d’emploi.



