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Transport, tourisme, automobile : le secteur de la mobilité vieillit vite en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane

OPCO Mobilités, l’opérateur de compétences qui accompagne 17 branches professionnelles du transport et de la mobilité, vient de publier l’édition 2026 de son « Focus régional » pour la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane.
Ces trois documents, construits à partir du fichier France Compétences arrêté au 31 décembre 2025, des données INSEE (BTS DADS 2023) et de la base de formation 2025 de l’opérateur, dressent un état des lieux précis de l’emploi et de la formation dans des métiers aussi divers que le transport routier, le transport maritime, les ports, les services de l’automobile ou encore les opérateurs de voyages.
Mis bout à bout, ces trois « photographies » régionales racontent une même histoire : celle d’un secteur économique modeste à l’échelle nationale mais structurant pour les territoires, porté par une myriade de très petites entreprises, confronté au vieillissement de ses salariés et où la formation professionnelle recule presque partout, à l’exception notable de la Guyane.
Un poids économique local mais réel
Selon OPCO Mobilités, la Guadeloupe compte 1 462 entreprises du secteur de la mobilité, réparties dans 1 738 établissements, employant 7 044 salariés. La Martinique en compte un peu moins en nombre d’entreprises (1 192) mais davantage de salariés (7 592), répartis dans 1 438 établissements. La Guyane, plus petite, totalise 609 entreprises, 776 établissements et 3 763 salariés. Additionnés, ces trois territoires représentent donc près de 3 260 entreprises, environ 3 950 établissements et plus de 18 000 salariés du secteur de la mobilité.
Rapportée à l’ensemble du territoire national, cette activité reste toutefois marginale : la Guadeloupe et la Martinique pèsent chacune pour environ 1 % des entreprises et des établissements du secteur en France, et respectivement 0,4 % et 0,5 % des salariés. La Guyane, pour sa part, représente 0,3 % des entreprises et établissements nationaux, et 0,2 % des salariés.
Un détail mérite d’être souligné : la Martinique compte moins d’entreprises que la Guadeloupe mais davantage de salariés, ce qui traduit une taille moyenne d’entreprise légèrement supérieure (environ 6,4 salariés par entreprise contre 4,8 en Guadeloupe et 6,2 en Guyane).
L’automobile et la route, piliers de l’emploi
Dans les trois territoires, deux branches concentrent l’essentiel des emplois : les services de l’automobile et le transport routier.
- En Guadeloupe, les services de l’automobile rassemblent 742 entreprises, 883 établissements et 2 940 salariés (dont 27 % de femmes), devant le transport routier et ses activités auxiliaires (519 entreprises, 554 établissements, 2 890 salariés, 25 % de femmes).
- Même hiérarchie en Martinique, où les services de l’automobile emploient 3 207 salariés (569 entreprises, 714 établissements, 24 % de femmes) contre 2 966 pour le transport routier (482 entreprises, 478 établissements, 28 % de femmes).
- La Guyane présente néanmoins une particularité : c’est le transport routier qui y domine légèrement, avec 1 541 salariés (230 entreprises, 268 établissements, 27 % de femmes), devant les services de l’automobile qui en comptent 1 434 (295 entreprises, 384 établissements, 26 % de femmes).
Les autres branches pèsent nettement moins lourd, mais dessinent des réalités contrastées. Les ports et la manutention portuaire emploient 356 salariés en Guadeloupe, 330 en Martinique et 252 en Guyane, des métiers très majoritairement masculins puisque les femmes n’y représentent que 15 à 21 % des effectifs selon les territoires.
À l’inverse, les opérateurs de voyages et guides affichent une forte féminisation, avec 71 % de femmes en Guadeloupe et en Martinique, et 70 % en Guyane, pour des effectifs toutefois plus réduits (293 salariés en Guadeloupe, 191 en Martinique, 93 en Guyane).
Certaines activités, comme la manutention ferroviaire ou les ports de plaisance, restent trop confidentielles pour être chiffrées : le secret statistique s’applique à une petite partie des entreprises non rattachées à une branche identifiée (26 en Guadeloupe, 11 en Martinique, 4 en Guyane).
Un tissu économique ultra-atomisé
Le secteur se caractérise, dans les trois territoires, par une écrasante domination des très petites entreprises. En Guadeloupe, 91 % des entreprises comptent moins de 11 salariés, contre 85,6 % en moyenne nationale. Cette proportion atteint 87,9 % en Martinique et 86 % en Guyane. À l’autre bout de l’échelle, les entreprises de 300 salariés et plus sont quasiment inexistantes localement (0 % en Guadeloupe et en Guyane, 0,1 % en Martinique, contre 0,3 % au niveau national).
Cette atomisation se retrouve, de façon logique, dans la répartition des salariés eux-mêmes. En Guadeloupe, 44,5 % des salariés du secteur travaillent dans une entreprise de moins de 11 personnes, 31,1 % dans une structure de 11 à moins de 50 salariés, 22 % dans une entreprise de 50 à moins de 300 salariés, et seulement 2,4 % dans un établissement de 300 salariés ou plus. En Guyane, la répartition est proche (40,5 %, 35,5 %, 22,8 % et 1,2 %). La Martinique, où le tissu de très petites entreprises est légèrement moins prépondérant, affiche une répartition un peu plus équilibrée entre les tranches intermédiaires (35,8 %, 33,3 %, 28,4 % et 2,5 %).
Dans les trois cas, la comparaison avec la France entière, où 33 % des salariés du secteur travaillent dans une entreprise de 300 salariés ou plus, souligne combien le modèle économique ultramarin repose sur des structures de bien plus petite taille.
Une main-d’œuvre qui vieillit, surtout aux Antilles
Autre enseignement marquant de ces « Focus régionaux » : le vieillissement de la main-d’œuvre du secteur, particulièrement prononcé en Guadeloupe et en Martinique. À l’échelle nationale, la répartition des salariés du secteur par âge est la suivante : 22 % ont moins de 30 ans, 36 % ont entre 30 et 44 ans, et 42 % ont 45 ans ou plus. En Guadeloupe, ces proportions sont respectivement de 18 %, 34 % et 48 %. En Martinique, l’écart est encore plus marqué : seuls 17 % des salariés ont moins de 30 ans, 33 % ont entre 30 et 44 ans, et la moitié (50 %) a 45 ans ou plus.
La Guyane se distingue en revanche par une structure d’âge plus proche de la moyenne nationale, et même légèrement plus jeune sur certains points : 23 % des salariés ont moins de 30 ans, 37 % ont entre 30 et 44 ans, et 40 % ont 45 ans ou plus.
Cette différence reflète des dynamiques démographiques bien connues du territoire guyanais, plus jeune que les Antilles françaises, et interroge, pour la Guadeloupe et la Martinique, sur le renouvellement des générations dans des métiers déjà en tension de recrutement.
La formation recule presque partout, sauf en Guyane
Sur le volet formation, les trois territoires ne racontent pas la même histoire. En 2025, 922 personnes ont été formées toutes branches confondues en Guadeloupe (formation continue hors alternance et alternance cumulées), soit un recul de 10 % par rapport à 2024. La Martinique enregistre une baisse encore plus nette, avec 780 personnes formées, en repli de 18 % sur un an. La Guyane, à l’inverse, affiche une progression de 13 %, avec 579 personnes formées en 2025.
Ce poids reste, là encore, très marginal au niveau national : la Guadeloupe et la Martinique représentent chacune 0,2 % des effectifs formés en France dans le secteur, la Guyane 0,1 %.
Concernant la formation continue hors alternance, la Guadeloupe a vu le nombre d’actions de formation progresser de 5 % en un an (626 actions), tandis que les formations destinées aux demandeurs d’emploi (dispositifs POEC et POEI) reculaient de 33,3 % (16 bénéficiaires). En Martinique, les actions de formation continue ont diminué de 8,1 % (544 actions), alors que les formations pour demandeurs d’emploi progressaient de 50 % (12 bénéficiaires). En Guyane, les actions de formation continue ont bondi de 23,3 % (439 actions), pendant que les formations pour demandeurs d’emploi restaient stables (12 bénéficiaires, comme en 2024).
Du côté de l’alternance, les tendances sont également contrastées.
- La Guadeloupe a formé 268 alternants, tuteurs et maîtres d’apprentissage en 2025, soit 26 % de moins qu’en 2024, avec un recul marqué des contrats d’apprentissage (8 contrats, -38 %) partiellement compensé par une hausse des contrats de professionnalisation (4 contrats, +33 %).
- La Martinique a formé 199 alternants, tuteurs et maîtres d’apprentissage, en baisse de 25 % sur un an, mais dans un mouvement en apparence paradoxal, les contrats d’apprentissage y ont progressé de 67 % (20 contrats) et les contrats de professionnalisation ont quadruplé, passant à 5 contrats (+400 %), ce qui suggère que le recul du total tient surtout à d’autres catégories de bénéficiaires.
- La Guyane, enfin, a formé 118 alternants, tuteurs et maîtres d’apprentissage (-11 %), avec une progression des contrats d’apprentissage (9 contrats, +29 %) et une stabilité des contrats de professionnalisation (1 contrat).
Des métiers encore largement masculins
Enfin, ces données confirment la forte identité genrée de certains métiers de la mobilité. Les femmes restent minoritaires dans la plupart des branches, en particulier le transport routier (25 à 28 % de femmes selon les territoires), les ports et la manutention portuaire (15 à 21 %) ou les services de l’automobile (24 à 27 %).
Seule exception notable, la branche des opérateurs de voyages et guides, où les femmes représentent environ 70 % des effectifs dans les trois territoires. Côté formation, les hommes restent également majoritaires parmi les stagiaires, en particulier en alternance, où ils représentent 81 % des effectifs formés dans les trois territoires, contre 59 à 67 % en formation continue hors alternance.
Pris ensemble, ces trois « Focus régionaux » dessinent le portrait d’un secteur économique certes modeste à l’échelle de la France entière, mais qui structure localement l’emploi du transport, du tourisme et de l’automobile dans la Grande Caraïbe française. Un secteur fragmenté en une multitude de très petites structures, vieillissant plus vite qu’ailleurs aux Antilles, et dont l’effort de formation, hormis en Guyane, semble marquer le pas au moment même où le renouvellement des générations devient un enjeu pressant.



