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Sclérose en plaques en Guadeloupe : une progression deux fois plus rapide qu’dans l’Hexagone

À l’occasion de la Journée mondiale de la sclérose en plaques 2026, l’Observatoire régional de la santé de Guadeloupe (Orsag), avec le soutien de l’Agence de santé de Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy, publie une fiche de chiffres clés consacrée à cette maladie sur le territoire.
S’appuyant sur les données de l’Assurance maladie, de l’Insee et de la cartographie des pathologies du Système national des données de santé (SNDS), ce document met en lumière une dynamique préoccupante : entre 2018 et 2023, la maladie progresse en Guadeloupe à un rythme bien supérieur à celui observé en France hexagonale.
Une maladie auto-immune du système nerveux central
La fiche rappelle d’abord de quoi il s’agit. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, la sclérose en plaques est une maladie auto-immune inflammatoire chronique qui provoque des perturbations cognitives, émotionnelles, motrices, sensitives ou visuelles. Elle survient lorsque le système immunitaire d’une personne attaque son propre système nerveux central, c’est-à-dire le cerveau et la moelle épinière.
Un nombre de bénéficiaires en hausse continue
Premier indicateur suivi, le nombre de bénéficiaires du dispositif affection de longue durée (ALD-25) pour sclérose en plaques. En Guadeloupe, ce nombre a progressé de façon continue sur l’ensemble de la période, passant de 171 personnes en 2018 à 226 en 2023. Année après année, la courbe ne fléchit pas : 169 en 2019, 182 en 2020, 192 en 2021, puis 209 en 2022.
Cette progression se traduit aussi en taux standardisé pour 100 000 habitants, indicateur qui permet de neutraliser les effets de structure d’âge et de comparer équitablement les territoires. C’est ici que l’écart se révèle le plus parlant.
Une progression deux fois plus rapide qu’au niveau national
Entre 2018 et 2023, le taux standardisé de bénéficiaires en Guadeloupe est passé de 46 à 61 pour 100 000 habitants, soit une hausse de 32 %. Sur la même période, la France hexagonale enregistrait une progression de 16 %, son taux passant de 156 à 180 pour 100 000 habitants.
Deux enseignements ressortent de cette comparaison. D’une part, le territoire guadeloupéen conserve un taux nettement inférieur à celui de l’Hexagone, 61 contre 180 pour 100 000 habitants en 2023. D’autre part, le rythme de progression y est deux fois plus élevé, ce qui appelle une vigilance particulière sur l’évolution future de la maladie.
Une maladie qui touche majoritairement les femmes
La répartition par sexe confirme une caractéristique connue de la sclérose en plaques. En Guadeloupe, 76 % des bénéficiaires sont des femmes, contre 24 % d’hommes.
L’évolution des prises en charge entre 2018 et 2023, mesurée en taux standardisé, montre toutefois que la hausse touche les deux sexes, et même davantage les hommes en proportion. Chez ces derniers, le taux est passé de 47 à 65 pour 100 000 habitants, soit une augmentation de 38 %. Chez les femmes, il a progressé de 161 à 209 pour 100 000 habitants, soit une hausse de 30 %. Les femmes restent donc, en valeur absolue, beaucoup plus concernées, mais la progression masculine est légèrement plus rapide.
Un pic chez les 35-54 ans
La répartition par tranche d’âge dessine le profil typique de cette pathologie, qui frappe en pleine vie active. En 2023, les prises en charge se concentrent sur les âges intermédiaires : 24 % des cas concernent les 45-54 ans et 23 % les 35-44 ans. La tranche des 55-64 ans représente 19 % des prises en charge, et celle des 25-34 ans 16 %.
Aux deux extrémités de la pyramide, les proportions sont plus faibles : 5 % des prises en charge concernent les moins de 25 ans, 10 % les 65-74 ans et 3 % les 75 ans et plus. Ce profil illustre une réalité de la maladie, dont le diagnostic intervient souvent chez l’adulte jeune ou d’âge moyen, avec des répercussions durables sur la vie professionnelle et personnelle.
Une photographie à suivre dans le temps
Cette fiche, par sa concision, offre une photographie claire d’une maladie encore relativement peu fréquente en Guadeloupe au regard de la moyenne nationale, mais dont la progression rapide mérite l’attention. La prédominance féminine, la concentration sur les âges actifs et l’accélération du nombre de cas constituent autant de points de repère pour les acteurs de santé du territoire.
À noter que les chiffres reposent sur deux sources complémentaires : le dispositif ALD pour le décompte des bénéficiaires, et la cartographie des pathologies du SNDS pour les prises en charge, cette dernière incluant les personnes en ALD, hospitalisées ou recevant un traitement. Au-delà des chiffres, la Journée mondiale entend rappeler la réalité quotidienne des personnes vivant avec cette maladie chronique, dont les manifestations, cognitives, motrices, sensitives ou visuelles, peuvent peser lourdement sur la qualité de vie.



