DOMCREP : 24,5 millions de dollars pour renforcer la résilience climatique de la Dominique

Le projet Dominica Community Resilience Enhancement Project (DOMCREP) a été officiellement lancé le 4 juin. Financé par le Fonds Vert pour le Climat (Green Climate Fund), ce programme de 24,5 millions de dollars américains vise à renforcer la résilience climatique des communautés rurales les plus vulnérables de la Dominique. Le projet est mis en œuvre par le Centre caribéen sur le changement, structure spécialisée de la Communauté caribéenne (CARICOM).

Un pays en première ligne du changement climatique

La Dominique n’a pas attendu le débat académique sur la vulnérabilité climatique pour en subir les effets concrets. En 2017, l’ouragan Maria avait dévasté l’île au point de détruire près de 90 % des infrastructures et de faire reculer le PIB de plus de 200 %. Depuis, le gouvernement dominicain a fait de la résilience climatique un axe central de sa stratégie de développement, avec l’ambition affichée de devenir le premier État au monde résilient au changement climatique.

DOMCREP s’inscrit dans cette trajectoire. Le projet part d’un constat simple formulé dans ses supports de présentation : les communautés rurales dépendent de l’agriculture pour leur alimentation et leurs revenus, mais leurs exploitations, leurs habitations et leurs infrastructures n’ont pas été conçues pour les conditions météorologiques extrêmes qui se multiplient. Les ouragans se renforcent, les sécheresses s’allongent, les inondations surviennent plus soudainement. À chaque événement climatique majeur, agriculteurs, familles et communautés entières sont renvoyés à la case départ.

Un investissement de 24,5 millions de dollars sur cinq ans

Le budget total du projet s’élève à 24,5 millions de dollars américains, intégralement sous forme de subvention du Fonds Vert pour le Climat. La mise en œuvre court de mars 2026 à mars 2031, soit une durée de 5 ans.

L’envergure humaine du projet est significative pour un petit État insulaire comme la Dominique, dont la population totale avoisine 72 000 habitants. Plus de 8 000 personnes issues des groupes les plus vulnérables bénéficieront d’un soutien direct, et l’impact indirect est estimé à plus de 64 000 personnes, ce qui représente une couverture potentielle de l’essentiel de la population de l’île.

Le projet cible 8 communautés rurales : Campbell, Colihaut, Coulibistrie, Pichelin, Bagatelle, Good Hope, Petite Soufrière et San Sauveur. Plus de 520 agriculteurs et agrotransformateurs y seront accompagnés directement. L’équité de genre est intégrée dès la conception : au moins 40 % des bénéficiaires ciblés sont des agricultrices.

4 axes d’intervention complémentaires

DOMCREP structure son action autour de 4 domaines d’intervention.

  • Le premier concerne l’agriculture climato-intelligente : formation aux cultures résistantes à la sécheresse, amélioration des pratiques de gestion des sols, techniques d’économie d’eau, adaptation des systèmes de production aux nouvelles conditions climatiques. L’objectif est de permettre aux familles d’accéder à la nourriture même lorsque les conditions météorologiques sont défavorables.
  • Le deuxième axe porte sur la mise à niveau des infrastructures d’urgence — abris, entrepôts, centres de gestion des catastrophes. Ces équipements doivent pouvoir répondre aux besoins critiques des populations lors des catastrophes.
  • Le troisième axe renforce les systèmes d’alerte précoce : outils et réseaux permettant aux communautés d’être informées suffisamment tôt pour se préparer à l’approche d’une tempête ou d’une inondation.
  • Enfin, le quatrième axe est consacré à la sensibilisation, à la formation et au renforcement des capacités communautaires, pour que les habitants comprennent concrètement comment adapter leur quotidien au changement climatique.

Un signal pour la Caraïbe insulaire

Le lancement de DOMCREP intervient dans un contexte régional où la question de la résilience climatique des petits États insulaires occupe une place croissante dans les agendas internationaux.

Rappelons que lors du récent Comité de Pilotage du projet KARULINK en Guadeloupe, la CARICOM soulignait précisément la nécessité de développer des réponses communes face aux vulnérabilités partagées, dont la gestion des crises environnementales figure en tête.

DOMCREP illustre concrètement ce que peut produire une telle ambition lorsqu’elle est traduite en projet financé : un investissement ciblé, une gouvernance associant l’État national et un organe régional spécialisé, et une approche intégrée combinant adaptation agricole, infrastructures et renforcement des capacités locales.

Pour la Dominique, dont la reconstruction post-Maria a mobilisé des ressources considérables pendant près d’une décennie, ce projet représente aussi un pari sur l’avenir : investir dans la prévention plutôt que dans la reconstruction, et doter les communautés rurales des moyens de traverser les prochaines tempêtes sans tout perdre à nouveau.