Belize-Guatemala : entre déclaration de paix et forêts pillées, la frontière reste sous tension

Alors que la Cour internationale de Justice (CIJ) instruit toujours la revendication territoriale du Guatemala sur le Belize, les chefs de gouvernement de la CARICOM ont exprimé, début juillet 2026, leur inquiétude face à la déforestation illégale persistante dans les zones protégées du Belize et aux tensions récurrentes sur la rivière Sarstoon.

Un dossier qui mêle droit international, biodiversité et souveraineté, et qui reste l’un des plus anciens différends frontaliers de la Grande Caraïbe.

Un différend vieux de deux siècles, désormais entre les mains de la CIJ

Le litige entre le Belize et le Guatemala trouve son origine dans le traité Wyke-Aycinena de 1859, par lequel le Guatemala avait reconnu la souveraineté britannique sur le territoire, la frontière étant fixée au mi-chenal de la rivière Sarstoon. Guatemala City n’a cependant jamais cessé de revendiquer, à des degrés divers, tout ou partie du territoire bélizien.

En 2008, les deux pays ont signé un accord spécial convenant de soumettre le différend à la CIJ. Depuis juin 2019, la Cour a formellement pris en charge l’affaire, connue sous le nom de « revendication territoriale, insulaire et maritime du Guatemala (Guatemala/Belize) ». Les audiences orales ont débuté le 24 novembre 2025 et un jugement définitif pourrait encore prendre des mois, voire des années.

Dans ce contexte, Belize et Guatemala ont signé, le 24 juin 2026 à Panama, en marge de la 56e session ordinaire de l’Assemblée générale de l’Organisation des États américains (OEA), une déclaration conjointe réaffirmant leur engagement à accepter la décision de la CIJ comme définitive et contraignante, et à la mettre en œuvre de bonne foi avec l’appui de l’OEA.

Les chefs de gouvernement de la CARICOM, réunis à Sainte-Lucie du 5 au 8 juillet 2026 pour leur 51e réunion ordinaire, ont salué cette déclaration dans leur communiqué final.

Des forêts protégées grignotées année après année

Toutefois, la même conférence a exprimé sa préoccupation face à la poursuite d’activités illégales menées par des ressortissants guatémaltèques, qui entraînent la déforestation des zones protégées du Belize et une perte de biodiversité le long de la frontière entre les deux pays.

Ce constat n’est pas nouveau. Depuis des décennies, la réserve forestière de Chiquibul, le parc national de Chiquibul et la réserve archéologique de Caracol, dans le district de Cayo, subissent une pression constante : exploitation forestière illégale d’acajou et de cèdre, défrichements agricoles, orpaillage clandestin et récolte non autorisée de xaté, une plante ornementale prisée à l’export.

Selon des études menées par l’organisation bélizienne de conservation Friends for Conservation and Development (FCD), la zone d’influence de l’exploitation forestière illégale s’étendait déjà, il y a une dizaine d’années, sur plus de 45 000 hectares et pénétrait jusqu’à 17 kilomètres à l’intérieur du territoire bélizien. La valeur du bois illégalement extrait avait alors été estimée à environ 30 millions de dollars américains, et le coût total des activités illicites dans le seul massif de Chiquibul, incluant pertes agricoles et de royalties, à plus de 60 millions de dollars.

Le parc abrite par ailleurs l’ara rouge, espèce emblématique régulièrement visée par le braconnage. Ces chiffres, aujourd’hui datés, illustrent néanmoins l’ampleur structurelle d’un phénomène que le communiqué de juillet 2026 confirme comme toujours actif.

La rivière Sarstoon, ligne de fracture récurrente

Les tensions ne se limitent pas à la forêt. La rivière Sarstoon, qui marque la frontière sud entre les deux pays, a de nouveau été le théâtre d’incidents en septembre 2025.

Entre les 10 et 13 septembre, des éléments des forces armées guatémaltèques sont entrés à plusieurs reprises en territoire bélizien, y ont hissé illégalement un drapeau guatémaltèque, ont tenté d’éperonner un navire militaire bélizien et ont entravé la libre circulation des Béliziens sur la rivière. La CARICOM avait alors publié une déclaration ferme, appelant Guatemala City à mettre fin à ces incursions et à ces actions jugées susceptibles de dégénérer en conflit militaire.

Dans son communiqué de juillet 2026, la Conférence des chefs de gouvernement a de nouveau exprimé sa préoccupation face à ces tensions, rappelant l’obligation faite aux deux pays de s’abstenir de toute action susceptible d’aggraver le différend tant que l’affaire est pendante devant la CIJ. Les dirigeants ont réitéré leur appel à Belize et au Guatemala pour qu’ils mettent en place, avec l’appui de l’OEA, un mécanisme de coopération effectif pour la rivière Sarstoon et les espaces maritimes environnants, un engagement pris de longue date mais toujours pas concrétisé.

Une zone de paix mise à l’épreuve

La CARICOM inscrit systématiquement ce dossier dans le cadre plus large de la Caraïbe en tant que « zone de paix », un principe auquel Belize, Guatemala et l’ensemble des États de la région se sont engagés.

Néanmoins, entre les incursions militaires ponctuelles et l’érosion continue des écosystèmes protégés, cet engagement reste soumis à rude épreuve. La délégation bélizienne au sommet de Sainte-Lucie, conduite par l’Attorney General Anthony G. Sylvestre, a pu constater que ce dossier demeure, près de deux décennies après le renvoi de l’affaire devant la justice internationale, l’un des plus sensibles de l’agenda régional.

Le verdict de la CIJ, dont la date reste inconnue, sera scruté de près, non seulement pour trancher la question de souveraineté, mais aussi pour déterminer le sort futur de forêts parmi les plus riches en biodiversité de l’Amérique centrale.

Mylène Colmar
Mylène Colmar

Journaliste, consultante éditoriale et éditrice, je décrypte la Grande Caraïbe depuis 2015. Mon objectif : rendre cette région plus lisible, plus compréhensible et plus visible auprès du grand public.